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ENCHÈRES AUTOMNE 2012 #9 : Une extraordinaire montre de pilote militaire chez Sotheby's

Cette Universal ne battra sans doute pas de record du monde. Encore que, dans sa catégorie... Pas un amateur de belles mécaniques ne résistera à un tel lot, surtout si l'amateur en question est un tant soit peu sensible au charme des montres militaires. Là, on est dans le jamais vu et dans le record du monde de rareté !   ••• Admettons comme réglé une bonne fois pour toutes le fait que le catalogue Sotheby's de novembre …


Cette Universal ne battra sans doute pas de record du monde. Encore que, dans sa catégorie...

Pas un amateur de belles mécaniques ne résistera à un tel lot, surtout si l'amateur en question est un tant soit peu sensible au charme des montres militaires. Là, on est dans le jamais vu et dans le record du monde de rareté !

 

••• Admettons comme réglé une bonne fois pour toutes le fait que le catalogue Sotheby's de novembre ne révolutionnera pas le monde des enchères : pas vraiment de records du monde en vue, pas de pièces capables d'enflammer le mundillo des collectionneurs, pas de montres de référence absolue à vendre à un musée. La philosophie de travail était de recaler la proposition horlogère en commençant par la base : un catalogue solide, des montres saines, une dispersion dans l'ordre, avec un minimum d'invendus. Du solide plus que du spectaculaire ! C'est déjà beaucoup au vu des deux ventes précédentes, dont on dira poliment qu'elles étaient – au choix – pas très réussies ou légèrement ratées. Business Montres en a suffisamment raconté les détails pour n'avoir pas envie de crucifier une fois de plus l'équipe de Tim Bourne et le vaillant Geoffroy Ader, qui avait fait ce qu'il pouvait, mais il pouvait peu face à l'adversité... ••• Faute d'alouettes, on mange des merles et, faute de lots phares convaincants, on se rabat sur la dégustation de montres qui jouent parfaitement les "seconds rôles" en l'absence de jeune premier ou de starlette. C'est dans les pages intérieures que se cachent quelques pépites capables de requalifier un catalogue et de rétablir la confiance entre les collectionneurs et l'auctioneer, voire même entre les marchands et l'auctioneer. Le lot n° 72 de cette vente en est un excellent exemple. En toute logique, une telle montre aurait dû se trouver dans un autre catalogue (concurrent), mais le fait qu'elle soit arrivée chez Sotheby's prouve que Thomas Perazzi, nouvelle recrue du département Montres (ex-Antiquorum), fait un excellent travail de scout horloger... ••• Il s'agit d'un chronographe en acier deux compteurs (cadran signé), mono-poussoir, de marque Universal (réf. 38 de la maison), avec un mouvement cal. 676 à remontage manuel (signé), boîtier n° 22560 (signé), daté de 1945, donc immédiatement après la Seconde Guerre mondiale. La gravure au dos de la montre (AMI CRONOMETRO PER NAVIGAZ.ASTRONOM. TIPO HA-1 N.CATEGOR. 19620 MM. 200021) nous précise son origine, A.M.I. designant l'aviation militaire italienne (Aeronautica Militare Italiana). Le marquage "A. Cairelli" est celui du fournisseur "civil" habituel de l'armée de l'air italienne. À notre connaissance, c'est la première fois qu'une telle montre apparaît sur le marché des enchères, même si cette série était connue des collectionneurs très pointus. Très (très) peu d'exemplaires semblent avoir circulé, et encore moins avoir survécu [Sotheby's affirme que cet exemplaire appartient à la famille du premier destinataire, un officier supérieur de l'armée de l'air italienne]...

Premier étonnement en le découvrant : sa taille : 45 mm (14 mm d'épaisseur). Pour l'époque, c'est plutôt inhabituel, sauf pour les montres "professionnelles", ce qui est le cas ici, encore qu'on se perde en conjectures sur ce que pouvait être, en 1945, une "navigation astronomique". ▹ Deuxième surprise : il s'agit d'un chronographe 24 heures, un peu inhabituel pour son époque (1945) et d'autant plus insolite que ce chronographe était destiné à l'aviation. On aurait savoir [ceci est un appel aux spécialistes] pourquoi les aviateurs italiens avaient besoin d'une échelle horaire sur 24 heures pour leurs calculs de "navigation astronomique" : cela rend la lecture des minutes un peu moins lisible. Dans l'immédiate après-guerre, les montres sur 24 heures étaient réservées aux équipages (aviation ou arme sous-marine) qui ne voyaient pas la lumière du jour. Deux décennies plus tard, ces cadrans 24 h seront utilisés par les pilotes des bombardiers stratégiques américains qui surfaient sur les fuseaux horaires avec des bombes atomiques en soute...  Troisième surprise : il s'agit d'un chronographe à rattrapante, donc capable de mesurer simultanément deux temps courts (poussoir à droite). L'énigme de son utilisation "professionnelle" ne fait que s'opacifier. On est donc en présence d'un instrument mécanique capable d'effectuer des calculs chronographiques de nuit et sur des temps très courts : quel pouvait bien être l'usage militaire de cette montre... d'observatoire ? D'autant qu'elle était destinée à un officier supérieur [son premier utilisateur, qui a pu la conserver dans son écrin d'origine et qui ne l'a manifestement quasiment jamais utilisée, puisqu'elle est comme neuve]. Une rattrapante en monopoussoir : ça, c'est de la mécanique de précision...  Quatrième surprise : le compteur des minutes (à droite) n'est pas calé sur 15 minutes, mais sur 16 ! Là encore, énigme absolue : que peut-on bien mesurer sur 16 minutes plutôt que sur 15 ? Nouvel appel aux spécialistes...

••• On aura compris qu'on se trouve là en présence de ce qui doit être la montre militaire la plus rare de toute l'après-guerre mondiale. Fresh to the market, jamais documentée [à ce jour et à notre connaissance], dans un état parfait avec son écrin d'origine, très bien tracée ["première main"], elle a tout pour plaire : cette Universal de toute beauté est estimée par Sotheby's autour de 42 700-64 000 dollars. Ce qui est à la fois beaucoup pour une Universal en acier, et plutôt défensif pour une quasi-pièce unique que les grands collectionneurs de militaria horloger voudront s'arracher. S'il y avait un musée de la montre militaire, elle en serait un des joyaux...  

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