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WONDER WEEK 2023 #06
Quelle sera la plus moche de toutes les montres de Watches & Wonders 2023 ?

Dans la logique du Sniper en patrouille dans les allées de la Wonder Week, on va donc vous parler, entre autres, d’une coccinelle, de la dangereuse inclusivité genevoise, de la vache horlogère de la semaine, d’une bouée qui n’est pas de sauvetage ou du féroce concours clandestin entre pronostiqueurs des réseaux sociaux – on en oublie, mais vous retrouverez tout ce petit monde dans les notes ci-dessous. En vous rappelant que l’’excellent Sylvain Tesson nous dit d’un bloc-note de ce genre : « Les blocs-notes sont des coups de sonde, des carottages donnés dans le chatoyant foutoir du monde ». Bloc-notons donc dans le chatoyant foutoir de l’horlogerie…


▶︎▶︎▶︎▶︎ UNE QUESTION EXISTENTIELLE (en guise d’éditorial) : puisque, parallèlement au salon Watches & Wonders, la Wonder Week nous invite à faire la fête « In the City », événement supposé faire battre le cœur de Genève au rythme de l’horlogerie, pourquoi n’a-t-on mobilisé que les marques de Watches & Wonders – et non toutes celles qui tiennent boutique à Genève pour présenter leurs créations ? La mainmise abusive et monopolistique de Watches & Wonders rappelle ici le déplorable caporalisme de l’ex-SIHH, qui n’a jamais cessé de bannir du centre de Genève les « parasites » qui osaient vouloir y organiser une manifestation horlogère. Jeudi soir, il était assez navrant de constater que l’événement se privait des apports horlogers de boutiques comme Omega, MB&F, Tiffany & Co, Breguet, Bvlgari, Swatch, Breitling ou Urwerk – pour n’en citer que quelques-unes parmi toutes celles qui étaient suractivées ces jours-ci par la Wonder Week. Le label Watches & Wonders se grandirait à être beaucoup plus inclusif, même pour les marques non exposantes. Quand on décompte 120 maisons horlogères présentes à Genève, et seulement 50 embarquées à Palexpo, le rapport de force « démocratique » évident et la question de l’exclusivité ne se pose même plus : pour devenir la grande métropole horlogère qu’elle prétend être, Genève doit libérer toutes les initiatives qui se créent autour de la montre – et non réserver l’occupation des espaces publics aux seules marques labellisées par un seul salon commercial… 

▶︎▶︎▶︎▶︎ LE GRAND ABSENT DE LA WONDER WEEK : verrait-on enfin le bout du tunnel pour désigner le successeur de François-Henry Bennahmias chez Audemars Piguet ? On nous promet la fin imminente de l'histoire depuis le mois de novembre, mais, il semblerait, cette fois, que le nouveau CEO soit sur le point d'être accepté par les actionnaires et officiellement intronisé. Alors qui ? Rendez-vous dans quelques jours pour le dénouement de cette tragicomédie...

▶︎▶︎▶︎▶︎ LES VENTS MAUVAIS NE SOUFFLENT PAS EN HAUT DES CIMES : il était facile de vérifier pendant la Wonder Week l’étrangeté erratique de la météorologie horlogère. Si le soleil brille sur les sommets [disons, en gros, sur l’oligarchie des marques du Top 10 – celles qui feront bientôt 90 % du chiffre d’affaires de l’horlogerie], on remarque une accumulation de nuages au ras du sol, là où grouillent dans une sympathique anarchie créative des centaines de marques à travers le monde, alors que des vents violents agitent les hautes collines et les reliefs de la moyenne altitude horlogère. Trois phénomènes climatiques distincts, dans trois compartiments d’altitude, pour un même paysage horloger : nous n’avons donc plus affaire à une, ni même à deux horlogeries, mais à trois économies de la montre, de plus en plus divergentes, avec des lignes de fracture qui s’aggravent au fur et à mesure que s’accélère la polarisation de l’activité sur une ou deux poignées de marques. Il faut donc éviter de parler de l’« horlogerie » en général – ce n’est qu’une commodité de langage qui masque d’inquiétantes disparités entre les acteurs du marché…

▶︎▶︎▶︎▶︎ LA MONTRE LA PLUS VACHE DE TOUTE LA WONDER WEEK : si les salons du Beau-Rivage n’ont rien d’un étable, c’est pourtant là qu’on trouvait la plus belle concentration genevoise de bovins. Un troupeau placé sous la houlette de la pétulante Pia de Chefdebien, qui veillait, pour le compte de la maison indépendante Claude Meylan Vallée de Joux, sur le plus fameux symbole de la ménagerie culturelle suisse. Ce ne sont pas les horlogers de tradition qui se permettraient de tirer sur les vaches sacrées des vallées horlogères : elles donnent l’heure sur les cadrans de la marque, c’est déjà beaucoup, mais elles flirtent sur ces mêmes cadrans avec de sympathiques coccinelles qui jouent dans les herbes folles. Il fallait oser un tel cliché horloger, mais il est ici exécuté dans les règles de l’art du Swiss Made, en 42 mm, avec un mouvement automatique de grande qualité (ETA 2671). Eh non, ce n'était pas – et de très loin – cette Holy Cow qui était la plus moche de toutes les montres de la Wonder Week – voir plus bas !

▶︎▶︎▶︎▶ LE SOUVENIR LE PLUS DÉCALÉ DE CETTE WONDER WEEK : la tradition du « cadeau souvenir » pendant les salons horlogers [un petit cadeau pour les petits détaillants, un gros cadeau pour les gros détaillants et un cadeau parfois étrange pour les journalistes] ne se dément pas d’année en année, même si elle évolue. Tantôt les chocolats remplacent les casquettes, tantôt les power banks supplantent les parapluies – c’est plus pratique pour reprendre l’avion (attention aux pots de miel !). On décerne cette année à la maison H. Moser & Cie. le grand prix de la loufoquerie généreuse et décalée pour sa montre gonflable à faire flotter dans la piscine (image ci-dessous) : ceux qui ont de la mémoire se souviendront des montres-gags annuelles de l’équipe de H. Moser & Cie., emmenée par un Édouard Meylan jamais en panne de facéties horlogères. Ce chronographe flottant s’inscrit dans une lignée délirante de vraies montres parodiques et peu consensuelles, parfois accompagnées de vidéos qui avaient failli faire expulser l’irrévérencieuse « bande à Édouard » du SIHH…

▶︎▶︎▶︎▶︎ LE CONCOURS DES HORREURS DE LA WONDER WEEK : c’est le seul sondage non officiel et non autorisé qui est pratiqué clandestinement dans les couloirs de Watches & Wonders par les blogueurs et les collectionneurs de haut niveau – tous invités par les marques et soucieux de le rester. Nom de code : W4 pour WWW, l’acronyme de Worst Watch of Watches & Wonders. Ceci sur une boucle Instagram réservée aux initiés et très étanchement interdite aux représentants des marques : on peut y accéder après quelques verres dans les bars d’hôtel en fin de soirée. Fin des délibérations et des votes prévue samedi soir, avec une activation des résultats sur les réseaux sociaux. What is the WWWW ?

▶︎▶︎▶︎▶︎ NOTRE VOTE POUR LE W4 : les victimes potentielles ne manquent pas, mais, au risque de désespérer une « petite marque » digne par ailleurs d’encouragements, la « Kermit » d’Oris (ProPilot x Kermit Edition), avec sa fenêtre ouverte sur une émoticône Kermit, bat des records de ratage dans la dysharmonie des couleurs. Une montre – qui serait plutôt réussie sans ce cadran – qui fait grincer des dents et pleurer les yeux…

▶︎▶︎▶︎▶︎ CLOCKS EN STOCK (le dessin du jour) : nous avons repris dans ce bloc-notes de la Wonder Week, la bonne vieille habitude du Sniper, celle du « dessin du jour », qu’on pourra retrouver dans notre dernière chronique « Horlotainment #37 » (Business Montres du 30 mars). Les marques ont beau se flatter, comme toujours en période de salon, d’avoir surperformé en matière de commandes, il n’en reste pas moins vrai que, « avec la dégradation de tout notre environnement macro-économique, la conjoncture horlogère tend sérieusement à sentir très fort le cramé ». On peut se rassurer avec l’hymne officiel de l’horlogerie : « Tout va très bien, Madame la marquise »…


Coordination éditoriale : Eyquem Pons



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