RÉTROPÉDALAGE DE CRISE #03 (accès libre)
« Surstockez, surstockez : ce sera toujours ça de pris pour… nos actionnaires ! »
Depuis des années, l’horlogerie suisse augmente à la fois ses prix et le niveau de ses stocks, avec les mêmes et graves difficultés pour baisser le niveau de ces prix comme pour réduire le poids de ses stocks. Tout le monde le sait, à commencer par Nick Hayek, mais personne n’ose plus en parler. Sauf « Business Montres », bien sûr, qui tire le signal d’alarme depuis des années…
Après tout, pourquoi s’inquiéter du niveau hallucinant des stocks de montres neuves qui circulent sur cette planète ? Non seulement il y a des ports-francs (hors douane) un peu partout dans le monde pour y entreposer des stocks qu’il suffira de déprécier tout-à-fait légalement, année après année, pour finir par les effacer [un vrai tour de magie comptable], mais il y a surtout des spécialistes du « dégazage », des experts du marché gris, d’habiles parallélistes qui ont l’art de faire disparaître, chaque année, des dizaines, sinon des centaines de milliers de montres neuves en les dispersant discrètement sur des marchés alternatifs où personne ne se pose trop de questions sur des opérations de discomptes officieux qui « pourrissent » les marchés officiels. Rien de nouveau sous le soleil : les marques de volume ont toujours intégré cette « vaporisation » post-commerciale dans leurs budgets annuels et, pour autant qu’on puisse s’en souvenir, tant à Bâle (Baselworld) qu’à Genève (SIHH), ces parallélistes honnis ont toujours été les bienvenus, sinon accueillis, dans certaines années de crise, comme de précieux et providentiels sauveurs…
Un seul caillou dans la chaussure de l’industrie des montres : les alertes régulièrement lancées par Business Montres, où on ne pouvait que s’inquiéter de l’inflation de ces stocks. Dans n’importe quelle autre industrie de n’importe quelle autre économie marchande, qu’elle soit turbo-capitaliste, socio-libérale ou crypto-socialiste, n’importe quel dirigeant d’entreprise qui finirait par avouer des stocks à la valeur nettement supérieure à celle de ses ventes serait immédiatement viré ! Pas en Suisse, où Nick Hayek présente des comptes du Swatch Group qui admettent 7,2 milliards de francs suisses de stocks pour 6,2 milliards de chiffre d’affaires – mais pas un seul analyste financier, boursier ou bancaire ne semble s’en alarmer ! Pour 2026, ce chiffre d’affaires devrait plonger sous la barre des 6 milliards [disons à peu près 5,6-5,7 milliards], mais il est probable que la valeur affichée des stocks rapprochera de la barre des 8 milliards de francs suisses – soit une fois et demi les ventes du groupe [sachant que, même dans le cas d’un improbable hyper-reprise qui ne profiterait à plein qu’aux marques du groupe, ce niveau de stocks représenterait entre quatre et cinq ans de ventes réelles de ses marques sur le terrain !]...
Donc, pour l’instant, on vous laisse réfléchir sur tout ça, avec le renfort de quelques-unes de nos pictochroniques de ces dernières années [ce n'est qu'un échantillon et nous aurions pu démultiplier ce choix] : plus personne ne pourra plus dire qu'il ne savait pas…

(dessin publié en décembre 2019)

(dessin publié en février 2020)

(dessin publié en août 2022)

(dessin publié en janvier 2023)

(dessin publié en mars 2023)

(dessin publié en avril 2023)

(dessin publié en janvier 2024)

(dessin publié en mars 2024)

(dessin publié en mai 2025)

(dessin publié en juillet 2025)

(dessin publié en octobre 2025)

(dessin publié en mars 2026)

(dessin publié en mai 2026)

(dessin publié en juillet 2026)

(dessin publié en mai 2026)
▶▶▶ À RETROUVER…
••• RÉTROPÉDALAGE DE CRISE #01 : « Tout allait trop bien, Madame la Marquise » (Business Montres du 28 juin)
••• RÉTROPÉDALAGE DE CRISE #02 : « « Quand la Chine ne se réveilla pas… » (Business Montres du 5 juillet)

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